sábado, 22 de marzo de 2008

L´ ADIEU Á GERMAN ESPINOSA


L´Humanité


Par MARG SAGAERT


Germán Espinosa s’est éteint le 17 octobre dernier, d’une pneumonie, dans une clinique du nord de Bogota. Sur son blog, le jeune critique Sébastian Piñeda demande, aux internautes et aux amis, cinq minutes de silence à la mémoire du maître des lettres colombiennes.

À Carthagène, la brise caribéenne a tout à coup vaincu « tous les porteurs d’orage » et se fait plus légère. Le journaliste et le biographe, le dramaturge et le traducteur, le conteur et le romancier, le diplomate et le maître à penser a rejoint « la vie impalpable et mystérieuse des songes », la « baie magique » peuplée de fantômes et de spectres errants, les fictions du réel et les rêves de la vie.

De la côte caraïbe à la capitale colombienne, le mage n’a pas fini de transformer les rumeurs de la mer, d’interroger les puissances occultes, d’entrelacer les mythes, la diversité latino-américaine et les cultures universelles, de tisser ses trames subtiles et fascinantes saturées de fantaisies, de défendre les valeurs de l’esprit.

L’auteur de plus de quarante ouvrages traduits en sept langues, dont le français, comme la Carthagénoise, « roman de cap et d’épices » composé quasiment d’un seul souffle et que l’UNESCO avait salué « comme l’une des principales oeuvres de la littérature colombienne », du Cortège du diable et du Signe du poisson, s’est passionné pour les lettres depuis l’enfance, il a gardé au profond du regard quelques pointes d’humour, la flamme de l’irrévérence : son premier poème, publié à l’âge de seize ans, au contenu fortement érotique, selon ses maîtres, lui valut l’expulsion du colegio Maya del Rosario.

Prix national colombien, grand orden du ministère colombien de la Culture, Germán Espinosa avait reçu avec émotion, des mains de l’ambassadeur de France Daniel Parfait, la décoration de chevalier dans l’Ordre des arts et lettres, en 2002.

Son dernier ouvrage, Atiana, présenté à la Foire du livre de Bogota en septembre dernier, est un bel hommage à l’épouse - à qui il est dédié - , l’artiste plasticienne Joséfina Torrés, disparue il y a deux ans, son « âme jumelle », dont « les lèvres avaient la douceur du pétale ». Un roman en partie autobiographique traversé de vents contraires, de forces adverses, de magie noire qu’exerce avec talent Armando Garcia, sorcier de son état, dont le rire « est congelé dans la bouche », un roman où le narrateur incompris vit les délires et les souffrances de la maladie.

Une grande tristesse m’envahit au souvenir de notre dernière et belle rencontre, il y a un an à peine, avant mon départ de Colombie, dans son modeste appartement de la tour Jimenes de Quesada, dans le centre-ville. Il avait généreusement accepté mon invitation à préfacer un petit ouvrage sur les droits de l’enfant. Il me disait, une fois de plus, combien il aimait la langue et la culture françaises dont il avait grande connaissance. Nous écoutions Debussy et Satie. Il avait toujours ce port altier, ce regard profond et bienveillant. Hasta luego Maestro, adieu l’ami…

Les oeuvres de Germán Espinosa
ont été publiées en français
par les Éditions de la Différence.
Marc Sagaert

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